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20/07/2014

Comment la haine antijuive a détourné la cause palestinienne

 

 

Excellente analyse . A lire et à apprécier, de Martine Gozlan , journaliste à Marianne

La Palestine a cessé depuis longtemps d'être une cause pour devenir un alibi. Les violences et les slogans de la manifestation du 13 juillet à Paris en sont une nouvelle preuve . Les violences d'hier , actions de ces "pacifistes " le démontrent encore .

 

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Cela fait très longtemps que la Palestine a cessé d'être une cause pour devenir un alibi. Historiquement, idéologiquement, tout près ou très loin du théâtre du malheur, de la guerre, de l'intifada, les intérêts les plus divers et les plus opposés se sont retrouvés dans la même orchestration du grand détournement. L'affaire dure depuis un demi-siècle, avec un casting prestigieux: de Nasser à Khomeiny, tous les hommes qui ont fait l'histoire du monde islamique, sunnite ou chiite, ont joué de la cause palestinienne, la seule capable de fédérer les passions populaires. Quand tout était perdu, quand le peuple avait faim, quand on ne savait quelle incantation vide jeter du haut de la tribune pour apaiser ses cris, il restait, heureusement, la Palestine. Malheureuse Palestine qui aurait dû davantage se garder de ses amis pour négocier avec l'ennemi - Israël-  la paix et un pays. 
Nous n'en sommes plus là. 
C'est désormais tout près de nous, et au coeur de la France, au coeur de Paris, que nous avons une nouvelle preuve de ce hold-up. La cause palestinienne n'est encore une fois qu'un alibi pour ceux qui se drapent dans son drapeau, place de la Bastille, et agitent des missiles en carton en faisant le geste de la quenelle dieudonnesque.  Le but, le moteur des manifestants qui ont crié des slogans de haine et tenté de pénétrer dans la synagogue de la rue de la Roquette, c'est la haine antijuive. ( voir le fil des événements dans le récit de Frédéric Ploquin sur ce site). C'est elle qui structure et fédère toutes les pulsions mobilisées pour souhaiter le pire à l'autre, lequel est un citoyen français, un fidèle de la synagogue d'Aulnay- visée par un cocktail molotov le 12 juin- de celle des Tournelles, ou de la Roquette, menacée le 13 juillet par 200 à 300 manifestants. 
Pendant des années, cette haine antijuive qui a déferlé sur les quartiers et les banlieues les plus pauvres a été constamment niée, ou minorée, car il s'agissait d'une haine dont les auteurs avaient eux-mêmes souffert de la haine. Des arabes ou des noirs racistes? Impossible.  
Ma première enquête sur le phénomène date de 2001. La dernière remonte à quelques semaines. J'ai retrouvé mot pour mot la même situation. En pire. Entretemps  des soldats français-par ailleurs d'origine arabe- et des juifs français, dont de jeunes enfants, ont été tués à bout portant à Toulouse par un individu nommé Mohammed Merah dont on a osé évoquer dans un grand journal du soir le parcours " d'enfant perdu". Un autre assassin s'est rendu à Bruxelles, au Musée juif où il a tué selon le même mode opératoire. 
La haine antijuive, socle de toutes les idéologies qui font le malheur du monde arabe depuis plus d'un demi-siècle,s'est amalgamée à la défense de la cause palestinienne jusqu'à l'occulter complètement. De même que les régimes arabes défunts et actuels ont toujours eu ardemment besoin de cette cause pour faire oublier leurs échecs, et l'ont réécrite en reprenant le discours des Protocoles des sages de Sion, le terrible faux antisémite tzariste, aujourd'hui  une nébuleuse de groupuscules politiques français, d'élus, de militants associatifs ne craint pas de faire la promotion des djihadistes du Hamas. Il ne s'agit plus d"idiots utiles" selon la célèbre formule mais de véritables pousse-au-crime dans une ambiance délétère  qui transforme toute institution juive, tout juif visible en cibles. 
Cette irresponsabilité fait le jeu des voyous shootés aux slogans de terreur, nourris au degré zéro de la réflexion et qui ont tenté, une fois encore, d'attaquer deux synagogues. Mais après tout, un élu vert n'a-t-il pas auparavant twitté que les synagogues n'avaient pas à s'étonner d'être attaquées puisqu'elles se prenaient pour des ambassades? 
Ceci fut écrit quelques heures avant la manifestation moins propalestinienne qu'intégralement, "intégristement" antijuive de Paris.
 
Martine Gozlan dans Marianne

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