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14/04/2013

La France, « pays de trahis »

 L’abbé Jean-Pierre Mercier en plein sermon au Conseil national du PS


Je vous conseille la lecture de ce post  de Gabale.


La traitrise est une circonstance aggravante de la responsabilité pénale. Cependant, elle n’existe pas sous ce terme dans la loi. L’article 132-71-1 du code pénal parle plutôt de guet-apens et l’article 132-72 de préméditation. Pourtant, c’est plutôt sous un angle moral qu’on la comprend communément. Elle désigne aussi bien le fait d’abandonner des personnes à qui on doit fidélité, que la révélation d’un secret ou encore le fait de ne pas respecter ses engagements ou ses promesses. L’usage de ce terme connaît depuis quelques semaines une certaine recrudescence. La France donne l’impression d’être un pays rempli de gens qui, à tort ou à raison, se sentent trahis.

Ne remarquez-vous pas que ce terme revient dans tous les discours chaque fois que la gauche est au pouvoir ? J’ai le sentiment qu’on l’entend beaucoup moins en revanche lorsque la droite est aux affaires comme si les citoyens avaient intégré inconsciemment le fait qu’il n’y avait rien à attendre de cette dernière sur le plan éthique. Ce qui est somme toute curieux car, sous les gouvernements de droite, les ....


 

, les actes politiques furent très loin d’être à la hauteur des nombreuses promesses faites par les candidats Chirac et Sarkozy sur un ton extrêmement volontariste. Les prédécesseurs de François Hollande furent certes très critiqués tout au long de leurs mandats, mais jamais accusés ouvertement par leurs opposants de « trahir », peut-être parce que cette grave accusation aurait été redondante en ce qui les concerne. Il y a sans doute aussi cette idée, largement partagée, que la droite défend l’ordre naturel des choses. Sous son autorité, on ne doit donc pas s’étonner que rien ne soit entrepris pour corriger les inégalités sociales et la prédominance de l’argent dans les rapports sociaux.

Au contraire, la gauche est sommée d’avoir en permanence des scrupules de conscience en raison de ses prétentions à vouloir corriger les inégalités sociales. Et le plus terrible, c’est que ces exigences morales sont martelées en permanence par son propre électorat qui ne se rend pas compte qu’en agissant ainsi, il travaille contre lui-même et contre ses intérêts en remettant involontairement la droite en selle. Plus cet électorat tapera sur la gauche en exigeant d’elle des résultats immédiats, plus il assurera un retour rapide de la droite aux affaires avec à la clé le contraire ce qu’il souhaite obtenir. C’est la raison pour laquelle j’ai été agacé de voir la CGT de PSA Aulnay s’inviter au conseil national du PS dans le but d’interpeller les socialistes sur le ton de la fausse connivence : « Comme vous on se sent trahis. » Qui est donc l’auteur de ce formidable appel au dialogue ? Jean-Pierre Mercier, le délégué CGT de PSA Aulnay, qui est membre également à Lutte Ouvrière, petite chapelle trotskiste bien connue pour son « ouverture d’esprit » et son sens ébouriffant du dialogue (je le dis parce que pas un journaliste ayant relaté l’événement n’a cru utile de le préciser). Voir ainsi un trotskiste faire un sermon devant un auditoire composé de militants qu’il considère toute la journée comme des sociaux-traitres est assez surréaliste. Voudrait-on se moquer des gens, et plus particulièrement des ouvriers de PSA, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Je ne conteste évidemment pas à Mercier et ses camarades de vouloir attirer l’attention des médias et du parti majoritaire sur la lutte qu’ils mènent actuellement contre la direction de leur usine. Il est normal et légitime qu’ils se battent pour sauvegarder leurs emplois (à leur place, je ferais sans doute pareil pour sauver ma peau). Je ne conteste pas davantage leur droit de s’inviter au conseil national du PS pour faire un petit show larmoyant même si, comme je l’ai dit, cette initiative m’a agacé. En revanche, Mercier et ses camarades ont soigneusement évité de rappeler qu’ils n’étaient pas prêts de toute façon au dialogue et à la moindre concession. En effet, ils se vivent et se pensent en éternels cocus ou en perpétuels trahis. Ce n’est absolument pas un jugement de valeur de ma part. Il n’y a pas davantage de caricature. C’est un constat : la CGT, qui est à la pointe de la lutte à PSA Aulnay, n’a pas voulu ratifier l’accord sur l’emploi et jouer correctement son rôle de partenaire social, voulant et entendant se cantonner à la pratique d’un syndicalisme contestataire (c’est son droit certes, mais il ne faut pas s’étonner ensuite de croupir dans une indignation générale et sans réel objet). En outre, Lutte Ouvrière, dont fait partie le même Jean-Pierre Mercier, ne vit que dans l’attente d’une insurrection populaire qui, pense-t-elle, instaurera la dictature du prolétariat et la propriété collective des moyens de production (un programme d’avenir… tout le XXe siècle en témoigne… demandez aussi au passage l’avis des nord-coréens…). Quand on atteint un tel degré de crétinisme politique et syndical – qui consiste non seulement à nier la réalité du monde tel qu’il est, mais aussi à refuser systématiquement de participer activement et concrètement à l’élaboration de solutions négociées - je me demande comment on peut se permettre ensuite de faire la leçon devant les caméras et de se présenter comme le porte-parole des trahis de la politique du gouvernement ? Désolé, mais tant de mauvaise foi me dépasse. Je pense que les ouvriers de l’usine d’Aulnay devraient aussi s’interroger sur le jeu politicien trouble du camarade révolutionnaire Mercier qui, depuis des semaines, les a embarqués dans un combat sans issue et qui, au passage, les prend pour des cons.

Il ne faut pas s’étonner ensuite de voir Mélenchon surenchérir sur le thème de la traitrise et des salopards du gouvernement. Pourtant cet alimentaire et ancien précaire a mangé pendant 30 ans grâce au PS avant de lui cracher à la figure. Avant de s’émanciper, il faut rappeler encore et toujours qu’il a été bien dans la ligne, suffisamment en tout cas pour maintenir sa petite vie d’apparatchik qui théorise sur le marché du travail sans avoir quasiment travaillé de sa vie (un exploit). Il doit notamment aux mandats obtenus grâce à la rue de Solferino une retraite confortable à taux plein et sans doute une partie de son patrimoine. Alors quand vous le voyez aujourd’hui, il est difficile de ne pas le considérer de manière goguenarde et avec lui ceux qui sont presque là à le sanctifier. Franchement, comment accorder le moindre crédit à ces clowns qui parlent des révolutions comme d’autres parleraient de leurs dernières vacances ?

Mais le plus grave n’est pas là. Le plus grave, c’est que cette frange de l’extrême gauche, qui prend aujourd’hui la pose, nourrit paradoxalement les forces réactionnaires du pays. En effet, à ceux qui, à gauche, dénoncent la prétendue trahison du gouvernement répondent logiquement ceux qui, à droite, tentent de capitaliser sur la même thématique. Il ne faut pas s’étonner de constater immédiatement après une radicalisation de la droite au sujet du mariage pour tous. Qu’on le veuille ou pas, tout ceci obéit à cette même logique du dénigrement du pouvoir légitime, c’est-à-dire du pouvoir démocratiquement élu par les citoyens. Il ne faut pas s’étonner après que les débats parlementaires soient purement et simplement niés par celles et ceux qui voudraient que la politique se décide dans la rue. Quand on estime que le pays est dirigé par des traitres, c’est-à-dire par des individus dépourvus de morale et prêts à toutes les tromperies, alors la porte est ouverte à tous les débordements.

Gabale

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