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27/03/2013

Fernando Pessoa de Toulon, ses demi-mensonges et ses vraies omissions

Pour éclairer le débat concernant la probable installation du "centre universitaire Pessoa" à Béziers voulue par raymond Couderc, je vous propose la lecture de cet aricle publié dans le Monde.

 

Malgré les protestations des syndicats, des professionnels et des étudiants de santé, en dépit de la plainte du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, le centre universitaire privé portugais Fernando Pessoa, qui a ouvert en décembre 2012 une antenne à la Garde près de Toulon, poursuit son implantation en France.
Installée provisoirement dans des locaux désaffectés de l’hôpital intercommunal de la Garde à un jet de pierre de l’université publique, cette antenne enseigne l’odontologie (dentaire) à 52 étudiants et l'orthophonie à 29 autres. Ils ont respectivement déboursé 9500 et 7500 euros pour cette première année.

Mais le flou du projet,  les assertions contradictoires de l'équipe dirigeante décrédibilise cette université privée. Ces  fluctuations sont perceptibles sur le site internet régulièrement modifié :

- le nom Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ayant fait remarqué que le nom Université est réservé aux établissements publics, cette antenne a été opportunément rebaptisée Centre universitaire

- la direction a disparu L’antenne est une association dirigée par Bruno Ravaz … Sur le site Mr Ravaz se dit vice-président de Fernando Pessoa et la mention de directeur a disparu. Pourquoi ? « Ah bon ! », s'étonne Bruno Ravaz que nous avons questionné. Ce dernier est par ailleurs maître de conférence en droit (MCF)  à l’université publique Toulon Sud-Var et donc fonctionnaire,  il en a même été le président de 2002 à 2007. Il est aussi avocat. Selon Marc Saillard, président de l'université du Sud Toulon-Var, ce cumul est compatible avec le statut de fonctionnaire et de MCF de droit à condition que cette fonction de direction soit exercée bénévolement. Ce que soutient Mr Ravaz. Mais ce dernier l'est-il réellement puisqu'il est l'avocat de l’antenne toulonnaise de Fernando Pessoa, et donc rémunéré à ce titre ?

- le conseil scientifique à géométrie variable  Cette instance est présidée par  une caution de poids, le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik qui rêve d’une université de la petite enfance. Elle est mentionnée nulle part sur le site mais  Mr Ravaz affirme vouloir l’ouvrir dans le futur. En revanche, Roselyne Bachelot s’est retirée le 4 mars dernier du conseil scientifique après avoir donné son accord pendant quelques jours.

- les enseignements dispensés fluctuants C’est le flou le plus total : pharmacie, kiné, sciences humaines, criminologie... la liste des cursus change tous les jours ! Pour le moment sont enseignées  l’odontologie, l’orthophonie. La kiné pourrait probablement s’ouvrir en septembre 2013.

- le corps professoral invisible Aucun nom ne figure sur le site. Sur place, j'ai quand même rencontrer deux professeurs. « Je veux les protéger mais on a communiqué leur CV à Porto », rétorque Bruno Ravaz.

- brouillard sur les conditions de stages Là aussi, les réponses sont  fluctuantes. Un jour Bruno Ravaz nous parle de stages réalisés dans des cliniques ou cabinets privés. Aujourd'hui, ce n’est plus d’actualité. « Ce que je souhaite,  c’est ouvrir à Hyères un centre privé de soins comme l’université portugaise Fernando Pessoa l’a fait à Porto avec un hôpital de 200 lits qui vient d’être inauguré », indique-t-il.

- la scolarité en partie au Portugal Depuis le 20 mars, fait nouveau, Bruno Ravaz indique dans une vidéo que les trois dernières années des cursus se dérouleront à Porto, y compris pour les orthophonistes. 

Les cours de portugais sont obligatoires … « Nos étudiants feront des stages en France et au Portugal », soutient le directeur.

La validité des diplômes délivrés est discutable C’est là le fait le plus grave. On peut trouver sur le  site internet la mention  suivante : « Le Centre Universitaire Fernando Pessoa France vous propose des études supérieures en santé afin d'obtenir un diplôme qui sera délivré exclusivement par l'Université Fernando Pessoa de Porto dans la discipline choisie ».

Les diplômes obtenus sont valables dans toute l’Union européenne A été ajoutée,  il y a quelques jours la précision suivante : « La reconnaissance est automatique pour l'odontologie, la pharmacie, les sciences humaines et sociales. Pour les autres formations (orthophonie, physiothérapie) chaque Etat peut vérifier le niveau d'enseignement pour autoriser l'exercice sur son territoire. »

En réalité, le diplôme d'orthophonie obtenu ailleurs qu’en France doit être validé par une commission qui vérifie la qualité de l’enseignement et des stages. Cela est vrai notamment pour les formations belges. Cette restriction a été ajoutée sur le site à la suite de l’article parue dans Le Monde (daté lundi4 mars) qui donnait cette précision.

Quant aux autres cursus, le centre universitaire Fernando Pessoa n’est pas habilité par le ministère portugais à dispenser ces formations en France, d’où le petit voyage préconisé à Porto et l’expression diplôme portugais. Mais  là encore cette « précision » est nouvelle et partiellement fausse. Pessoa ne délivre pas au Portugal plusieurs diplômes visés à savoir le doctorat d’odontologie et en pharmacie mais seulement des masters … le site se garde bien de spécifier  s’il s’agit de doctorat ou de master .

Isabelle Rey Lefebvre dans le Monde

 

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